La culture de l'esprit

homme marchant vers le paradis

Jean Valjean, une histoire de rédemption

Dans les misérables, Jean Valjean est un paria, rejeté de la société. Marqué en corps et esprit par le fer rouge du bagne. Comment un homme peut-il ressusciter après une telle destruction ? Est-il possible qu’il trouve en lui la rédemption ?

Marqué bagnard

La société s’arrange pour éliminer les mauvaises graines sans parvenir à les réintégrer. Car pour réintégrer une personne il faut du temps et beaucoup d’amour, ce que la république n’a pas à offrir. Chez les bagnards de 19è siècle, il était difficile, voire impossible, de se défaire de la marque du bagne. Comme un spectre elle pourchassait le paria ; même libéré, le bagnard était dans l’obligation de présenter son passeport jaune à chaque mairie. Et qui alors pourrait faire confiance à un bagnard pour un travail honnête ?

L’homme devait changer d’identité afin de se racheter. Cette condamnation éternelle est bien décrite par Eugène François Vidocq dans ses mémoires (cliquez ici pour découvrir la vie de cet homme). Vidocq a lui-même été bagnard, évadé et repris à de multiples occasions, il expérimenta cette vie de tourments. Sa fuite permanente pesait lourdement sur son âme, il ressentait en lui le besoin de trouver la paix, et surtout l’envie de ne plus être une proie. Cette paix, il l’obtiendra en changeant de bord, en mettant ses compétences de bagnard au service de la police. De retour dans la société, il sera le pionnier de la réinsertion sociale et un policier hors pair. C’est la vie de cet homme qui a en partie inspiré à Victor Hugo le personnage de Jean Valjean.

Vidocq portrait
Portrait d’Eugène François Vidocq, découvrez sa vie mouvementée.

La chute du misérable

Revenons à notre personnage des misérables de Victor Hugo. Jean Valjean, pour avoir volé un pain se retrouva au bagne. Honnête homme à l’origine, la vie du bagne laissera son empreinte sur son âme. Dans la violence il s’assombrit ; la bonne société avait fait de lui une bête afin de se protéger du crime, ceci sans lutter face à lui. Afin de conserver leurs privilèges sans risquer d’être dérangés par la famine, les bonnes gens avaient fait du vol d’un pain par nécessité un crime qui méritait cinq ans de prison.

Je ne suis pas même un chien !

Jean Valjean, les misérables

La force des misérables de Victor Hugo : l’amour

Libéré du bagne après dix neuf ans, Jean Valjean tentera en vain de se réintégrer dans la société. En chaque lieu il est rejeté. Les honnêtes hommes soit disant chrétiens n’ont pas à se préoccuper de lui, qui n’est sans aucun doute pas leur prochain. Il errera ainsi jusqu’à entrer dans une petite masure, au sein de laquelle il sera accueilli par l’évêque de digne. Cet évêque est un peu particulier, car au lieu de profiter de son statut il a accepté en lui les paroles du Christ, et s’est mis à réellement pratiquer sa religion. Son salaire d’évêque s’était transformé en dons caritatifs. Il n’avait conservé que son nécessaire, et ce nécessaire, il n’hésita pas à le donner à Jean Valjean.

jésus-portant-la-croix

L’ancien bagnard est donc accueilli par l’évêque dans le respect de son intégrité ; à ses côtés il ne se sent plus bagnard, mais homme, un homme avec sa dignité. Ignorant le passeport jaune, le bon évêque fera préparer le lit et le repas pour le voyageur ayant toqué à sa porte. La face rude du forçat s’adoucit, se transforma en des rictus d’interrogations puis enfin de joie. Il était considéré comme un Monsieur, et cette simple remarque le remplissait de bonheur.

Cette pousse provient du même champ :   Comment définir le paradis et l'enfer ?

Sans le vouloir, sans le soupçonner, il avait pénétré dans la maison du Christ et cela n’était pas réfutable. C’était en effet le Christ lui-même qui résonnait dans la bouche et les actes du prêtre. Nous sommes tous frères ! (lisez cet article pour découvrir la profondeur du nouveau testament) Cette parole était appliquée ici comme un pansement sur une plaie. Bercé par l’amour, Jean Valjean débutera dans cette modeste masure une remise en question profonde.

Jean Valjean face au Mal

Pour son malheur, l’ancien forçat avait aperçu les couverts en argent du prêtre, seuls biens que ce dernier avait conservés. Dès cet instant la bête du bagne se réveilla. Jean Valjean se trouva perché sur un muret. Penchant la tête d’un côté, il apercevait le gouffre bouillant du mal, regardant de l’autre, il voyait une lumière bien trop éblouissante pour lui. Il oscillait ainsi d’un côté et de l’autre.

L’homme a sur lui la chair qui est tout à la fois son fardeau et sa tentation. Il la traîne et lui cède. Il doit la surveiller, la contenir, la réprimer, et ne lui obéir qu’à la dernière extrémité.

L’évêque de digne, dans les misérables de victor hugo

Le prêtre avait par son amour permis à l’homme de résister un temps, mais la tentation finit par posséder le malheureux tout entier (je vous invite à lire cette nouvelle pour découvrir comment la tentation prend possession d’une âme). Il bascula dans le gouffre, embarqua toute l’argenterie puis s’enfuit dans les ténèbres.

La rédemption de Jean Valjean

Malchance ou évidence, le pauvre est repris, il pense alors que pour lui tout est fini. Pourtant, lorsque les gendarmes le présenteront devant l’évêque, l’évêque le protégera en prétendant qu’il a donné ces couverts à son invité. De plus, son invité a oublié d’embarquer les chandeliers d’argent ! Les chandeliers sont donc donnés à Jean Valjean, qui fut relâché. L’ex bagnard ne pouvait comprendre cet acte d’amour pur, détaché de tout mal ; alors le monseigneur lui dira :

Jean Valjean, mon frère, vous n’appartenez plus au mal, mais au bien. C’est votre âme que je vous achète ; je la retire aux pensées noires et à l’esprit de perdition, et je la donne à Dieu.

Cet évènement transforma définitivement Jean Valjean, qui prit le chemin du bien sans s’en détourner. Pour trouver la rédemption ce dernier appel était nécessaire, il devait passer par ces abîmes. (cet article décrit l’enfer et le paradis, et le lien entre ces entités). En fait, ce vol impulsif permit d’une part, de renforcer les convictions de Jean Valjean pour son retour au bien, et d’autre part libéra l’évêque des derniers objets dont il ne parvenait pas à se défaire. Cette dernière marque, cette chute finale sauva plus d’une âme. Car plus jamais Jean Valjean ne fit le mal, et il devint plus tard Monsieur Madelaine, un entrepreneur bon, dont la force n’est dépassée que par son amour.


Pour creuser ce thème de la rédemption, je vous invite à lire cette nouvelle :


N’hésitez pas à me rejoindre sur mes différents réseaux sociaux pour profiter de contenus annexes et nouvelles publications :

Ma page Facebook —– Mon compte YouTube

Ma page Instagram —– Mon canal Telegram

Précédent

Quelle est la puissance de la virilité ?

Suivant

Comment détruire le Mal et faire le Bien ?

  1. Vérène Schaeffer

    Jean Valjean, c’est la marche du mal au bien, de l’injuste au juste, du faux au vrai, de la nuit au jour, de l’appétit à la conscience, de la pourriture à la vie, de la bestialité au devoir, de l’enfer au ciel, du néant à Dieu, de la matière à l’âme.

  2. Vérène Schaeffer

    La rédemption est l’un des mystères essentiels du christianisme. Le sacrifice de Jésus sur la croix par amour a permis au monde d’être sauvé, c’est-à-dire de ne pas être définitivement vaincu par le mal.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retrouvez tous mes livres : Cliquez ici pour découvrir mes plantations...

Thème par Anders Norén